3 compétences clés pour se démarquer en tant qu’actuaire

Dans un environnement en perpétuelle évolution, la formation professionnelle des employés en poste ou de nouvelles recrues est devenue une pratique courante dans le secteur assurantiel. D’ailleurs, si l’idée de combler les lacunes techniques d’une nouvelle recrue ne semble pas poser de problème aux compagnies d’assurance, celles-ci sont devenues de plus en plus intransigeantes dans leur recherche en ce qui concerne les compétences comportementales. En tant que cabinet de chasse de tête spécialisé dans l’actuariat, c’est un défi auquel nous devons faire face au quotidien : aujourd’hui, les compagnies d’assurance recherchent une personnalité dotée d’une série de compétences techniques, et non plus l’inverse.

 

Le défi

Oublions le cliché de l’actuaire introverti et concentrons-nous sur des faits. Dans le livre The Influential Actuary, publié en 2010, l’auteur David C. Miller a interrogé quatre actuaires américains influents sur les compétences clés pour se démarquer en tant qu’actuaire. Laura Hay, Global Head of Insurance chez KPMG International, soulignait déjà à l’époque le caractère solitaire de la formation en actuariat comme un frein au développement des compétences comportementales des actuaires. « En tant qu’actuaire, notre formation est très poussée techniquement ; elle est de nature introvertie, c’est-à-dire que c’est beaucoup d’auto-apprentissage. Je pense que la préparation aux examens est un processus solitaire : vous étudiez seul, vous passez vos examens et ensuite vous annoncez votre réussite à quelques personnes, mais ce n’est pas vraiment une expérience de partage. En réalité, le fonctionnement d’un environnement professionnel est l’opposé du fonctionnement de toute votre formation technique. »[1]

La situation a depuis lors fortement évolué aux Etats-Unis, où les institutions de formation en actuariat s’appliquent de plus en plus à former des actuaires orientés business. A titre d’exemple, l’Université du Minnesota a progressivement commencé à adapter son programme en actuariat depuis 2011. Les professeures Breanne Richins et Aileen Lyle expliquent qu’au départ, elles se sont notamment inspirées d’un cours du programme d’ingénierie biomédicale, où les étudiants travaillent sur l’élaboration d’un projet qu’ils présentent ensuite devant un public. « Nous mettons les étudiants en actuariat face à la classe, nous les faisons travailler en petites équipes, ce qui leur permet de renforcer leur esprit de synthèse, d’élaborer et présenter des recommandations devant un public.» [2]

En France

Nous sommes régulièrement confrontés à cette problématique en France, en particulier en ce qui concerne les profils plus seniors. Nous observons pourtant une diversification des profils d’actuaires depuis quelques années. D’une part, grâce aux passerelles des universités permettant à des étudiants de grandes écoles d’ingénieurs, et même de grandes écoles de commerce, de se diriger vers des formations (beaucoup) plus techniques telles que l’actuariat. Nous observons particulièrement que beaucoup d’étudiants en ingénierie ont la volonté de compléter leur parcours avec une formation en actuariat. Les écoles d’ingénieurs offrent des cursus assez complets et polyvalents, permettant de développer de solides compétences tant techniques que comportementales. C’est le cas, à titre d’exemple, du cursus qui mène à un double diplôme délivré par l’Ecole Centrale de Lyon et l’ISFA. D’autre part, les profils des actuaires se sont diversifiés grâce à l’évolution des structures des compagnies d’assurance devenant de plus en plus transversales et de moins en moins hiérarchisées, ne laissant aux actuaires en poste aucun autre choix que celui de s’adapter.

Cette diversification s’est opérée par la force des choses, et bien que les écoles et universités formant à l’actuariat en France se soient quelque peu adaptées à la demande du marché de l’emploi en incluant, à titre d’exemple, des cours de gestion de projet à leur programme, la demande d’actuaires business dépasse largement l’offre. Par ailleurs, il y a une limite au nombre de cours qui composent un programme et au vu des exigences techniques de la formation d’actuaire, il est donc compliqué pour les écoles d’inclure plus de cours couvrant le développement des compétences comportementales. Quant à l’Institut des Actuaires, il encourage dans la mesure du possible le développement de ces compétences à travers son système des points PPC, et particulièrement les compétences en communication.

“Les connaissances techniques des actuaires deviennent de plus en plus un atout dans les départements non-techniques.”

De nos jours, les entreprises attendent de plus en plus des actuaires qu’ils soient capables de prendre en charge des missions moins traditionnelles et qu’ils contribuent à d’autres domaines du business que le leur : la souscription, le contrôle de gestion, la gestion des sinistres, la data science, le marketing, etc. Selon Alexandre Jacobs, Managing Partner d’Asquare Partners, les connaissances techniques des actuaires deviennent de plus en plus un atout dans les départements non-techniques. Cela peut être vu comme un sacré défi à relever en termes de développement professionnel, mais devrait surtout être considéré comme synonyme de nouvelles opportunités de carrière, à condition d’être prêt à les saisir.

« Ce qui serait vraiment bien, c’est un actuaire qui … »

Nous avons entendu cette phrase d’innombrables fois et la plupart du temps, nous devinions la suite ! Aujourd’hui, nous vous partageons le top 3 des compétences qui donnent du fil à retordre à nos clients lorsqu’ils sont à la recherche du/de la candidat·e idéal·e (et c’est ce pour quoi nous sommes là 😉)

1. 🎤 Un actuaire capable de communiquer : c’est LA compétence qui revient le plus souvent, que ce soit avec ses collègues directs, avec d’autres départements plus ou moins techniques, avec les clients internes et/ou externes ou encore avec la direction. Ceci implique notamment une bonne capacité de vulgarisation, et parfois même la capacité d’adopter une attitude un peu plus commerciale. La capacité de présenter et parler en public est également très appréciée des employeurs. Retenez juste qu’on parle de la communication dans tous les sens du terme, et c’est peut-être bien ça qui rend les recherches de nos clients si difficiles. La communication requiert en réalité une multitude d’autres qualités, telles qu’entre autres un esprit de logique et de synthèse, une capacité à organiser ses idées, une capacité de persuasion, d’écoute, une ouverture d’esprit, un sens de la diplomatie, etc. Si d’un point de vue général les actuaires sont souvent perçus comment ayant de faibles compétences en communication (les clichés ont la vie dure), la réalité est plus nuancée que ça : il y a eu une grande évolution ces dernières années et nous voyons de plus en plus d’actuaires prendre des responsabilités dans des fonctions où les compétences en communication sont primordiales. Quoi qu’il en soit, nous vous rassurons : avec un peu de travail, tout le monde peut devenir un bon communicant !

2. 🤸🏻‍♂️ Un actuaire qui a le sens des affaires. Il est en effet de plus en plus attendu d’un actuaire qu’il ait la capacité d’avoir une vision d’entreprise dans son ensemble, en dehors de son propre domaine d’expertise. Cela implique une capacité à prendre de la hauteur et à saisir la finalité des autres départements et domaines d’expertise, qu’ils soient techniques ou non. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’un actuaire aura la capacité de véritablement saisir l’ensemble d’une situation, d’un problème, et de développer des solutions tant créatives que réalisables. En effet, un actuaire orienté business est doté de cette capacité à rapidement saisir l’essence d’une situation et agir en conséquence, tout en gardant à l’esprit les objectifs de l’entreprise que ce soit d’un point de vue technique, commercial ou purement financier.[3] Les actuaires les plus accomplis ont d’ailleurs souvent travaillé au sein de nombreux départements différents : départements techniques, opérationnels, de gestion des risques, etc. Une expérience en conseil, complétée d’une expérience en compagnie d’assurance permet également de développer cette capacité à prendre du recul et considérer l’entreprise dans son ensemble.

3. 👨🏻‍🔧 Un actuaire qui n’a pas peur de prendre des initiatives. Il y a encore tant à faire dans le secteur de l’assurance, en particulier en ce qui concerne sa transformation digitale : sophistication des modèles de tarification, automatisation et industrialisation des process, optimisation de l’évaluation des risques et tant d’autres défis à relever. Dans ce contexte, la passivité n’a pas vraiment sa place. Il est tout à fait logique que les personnalités proactives et curieuses soient demandées et appréciées. Si ces qualités sont exigées par nos clients, c’est parce qu’elles impliquent que le candidat soit en mesure d’apporter une valeur ajoutée non seulement au sein de son équipe mais également à l’échelle de l’entreprise en général, en allant au-delà de sa description de fonction. La bonne nouvelle pour ces actuaires proactifs ? La plupart des employeurs exigeant ces compétences investissent dans le développement professionnel de leurs employés, que ce soit à travers leur ouverture d’esprit en ce qui concerne les initiatives des employés, à travers des formations (qu’elles soient proposées par l’employeur ou que le souhait soit émis par l’employé), ou à travers les possibilités de mobilité en interne. Une situation qui ne peut être qu’enrichissante pour les deux parties !

La combinaison parfaite

Comme le disait Frank Redington, un célèbre actuaire anglais, « un actuaire qui est seulement un actuaire, n’est pas un actuaire ». Ce n’est pas l’expertise technique seule d’un actuaire qui en fait un super-héros, mais bien la combinaison entre son expertise technique et sa faculté à faire progresser le business. La combinaison parfaite est donc bien évidemment celle constituée tant de compétences techniques que comportementales.

Il est déjà arrivé que des clients privilégient les compétences comportementales aux compétences techniques. Les compétences comportementales ne sont pas devenues plus importantes que les compétences techniques : elles sont simplement devenues tout aussi importantes, dans une profession initialement bâtie sur l’expertise technique. Naturellement, l’employeur sera plus ou moins flexible sur l’un ou l’autre critère en fonction de la nature de la fonction, de sa séniorité et de son degré de responsabilité.

Pour prendre un exemple assez extrême, il est déjà arrivé qu’un de nos clients choisisse un candidat sorti d’école, alors que la recherche ciblait au départ des profils plutôt seniors. Bien qu’il ait eu plusieurs candidats très solides d’un point de vue technique, le client a décidé de privilégier les compétences comportementales et le potentiel du candidat fraîchement diplômé. Un choix justifié par le fait que le candidat répondait à absolument toutes les attentes du client d’un point de vue comportemental, ainsi que par le fait que sa formation l’avait armé d’une solide base de compétences techniques et d’une capacité d’apprentissage rapide des sujets techniques liés à l’actuariat.

Par ailleurs, bien que le marché français soit encore un peu à la traîne sur le plan linguistique, il est important de préciser que l’anglais devient de plus en plus incontournable. Nous sommes d’ailleurs de plus en plus sollicités afin de trouver des candidats ayant une appétence business internationale. C’était déjà une réalité au sein des grands groupes d’assurance et de réassurance. Avec l’avènement des insurtech et la multiplication des éditeurs de logiciel aux ambitions internationales, la maitrise de l’anglais est de plus en plus demandée, et la maitrise d’autres langues constitue un atout.

Ce qu’il faut retenir

Il est bien entendu temps que les écoles et universités mettent un accent sur le développement des compétences comportementales les plus recherchées sur le marché de l’actuariat. Il serait cependant injuste de leur faire porter toute la responsabilité de cette problématique : en tant qu’individus à part entière, chaque professionnel est responsable de son propre développement. Il y a notamment une série d’activités qu’il est possible de pratiquer à côté de son travail ou de ses études et qui permettent de développer les compétences comportementales : le théâtre en est un bon exemple. Rappelez-vous l’importance de prendre des initiatives. Cela s’applique d’autant plus dans le contexte de pandémie actuel, obligeant les entreprises à adapter leur façon de travailler dans la précipitation. Peut-être avez-vous réalisé à quel point vos compétences comportementales sont importantes dans un monde imprévisible et en constante évolution : la façon dont vous avez réussi à rester opérationnel et efficace, tout en restant en contact avec votre équipe et vos supérieurs, en dit déjà beaucoup sur vous.

Nous pourrions aborder le sujet de nombreuses manières différentes et il y a de nombreuses mesures que vous pouvez prendre pour développer vos compétences comportementales : nous nous y pencherons probablement dans un prochain article. En attendant, n’oubliez pas l’impact positif que vous pouvez avoir au sein de votre entreprise. Il est temps de libérer votre potentiel !

 

 

Sources :