L’assurance Takaful : un marché à 44 milliards $

Que vous connaissiez l’assurance Takaful ou pas, quels sont les enjeux de ce marché de 44 milliards de dollars ?

Pendant longtemps, le taux de pénétration de l’assurance dans les pays musulmans est resté très faibles pour des raisons d’ordre économique, mais aussi d’ordre religieux. En effet, la société avait une perception négative de l’assurance classique qui contient des éléments allant à l’encontre de la loi islamique (Charia). Cependant, les pays musulmans doivent également se protéger contre les différents risques qui caractérisent la vie moderne. C’est ainsi que l’assurance Takaful a vu le jour !

La première compagnie d’assurance islamique au monde, Islamic Insurance Company (IIC), a été créée au Soudan en 1979. Le marché a depuis été segmenté en Takaful vie/famille et Takaful non-vie, qui domine actuellement le marché. Les grands assureurs internationaux ont fait leur entrée sur ce marché ces dernières années, mais Allianz est le seul assureur international parmi les principaux acteurs opérant encore sur le marché.

En 2006, alors que le marché de l’assurance Takaful représentait 2,5 milliards de dollars, le chiffre d’affaires prévu pour 2015 était de 7,5 milliards de dollars, avec une croissance annuelle estimée à 13 %. Mais en 2010, le marché avait déjà atteint 8,5 milliards. Aujourd’hui, le marché mondial du Takaful représente 21 milliards de dollars et devrait atteindre 44 milliards de dollars d’ici 2024.

Malgré un ralentissement de la croissance globale du marché mondial, Fitch Ratings rapporte que dans de nombreuses économies locales, le Takaful continue de croître plus rapidement que l’assurance conventionnelle. La croissance du marché mondial est principalement impulsée par les trois principaux marchés que sont l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Malaisie, représentant près de 80 % du total des actifs mondiaux. On estime à 324 le nombre d’opérateurs Takaful dans le monde. Les actifs mondiaux des opérateurs Takaful ont atteint 46 milliards de dollars en 2017 et devraient atteindre 72 milliards de dollars d’ici 2023.

 

En quoi consiste-t-elle ?

Tous les assurés d’un accord de Takaful acceptent de se garantir mutuellement et de verser des contributions à un pool ou à un fonds commun de placement au lieu de payer des primes. Le pool de contributions collectées crée le fonds Takaful. La contribution de chaque participant est basée sur le type de couverture dont il a besoin et sur sa situation personnelle. Les polices Takaful couvrent les besoins d’assurance santé, vie et non-vie.

 

→ Pour exclure toute notion de hasard, ou d’incertitude dans leurs contrats, les compagnies recourent donc au « tabarru » : un contrat « à titre gratuit ». Concrètement, cela signifie que les souscripteurs versent une « donation », et non une prime, à l’opérateur.

→ Pour exclure toute notion d’intérêt, le montant de ce « don » ne couvre que les frais de gestion du contrat; les éventuels bénéfices doivent être partagés entre les assurés et lopérateur.

→ De plus, il est interdit d’investir les fonds sur un certain nombre de secteurs précisément définis, dits « haram » ou illicites : l’alcool, les drogues, le jeu, la pornographie, l’alimentation non halal, le tabac, les banques et les assurances non Takaful, et l’industrie de l’armement, sauf s’il s’agit de celle des États.

 

Takaful & IFRS 17 : un casse-tête

La mise en œuvre de l’IFRS 17 soulève des incertitudes importantes pour les entreprises Takaful concernant son interprétation et son application à leurs activités. Le projet de mise en œuvre de la première norme comptable internationale pour les contrats d’assurance est largement développé sur la base des structures d’assurance traditionnelles et n’est donc pas a priori adapté aux organisations Takaful.

Certains acteurs affirment même que la norme comptable pourrait ne pas être applicable aux sociétés Takaful étant donné qu’elles ne représentent pas un transfert de risque du preneur d’assurance vers la société, mais plutôt une mise en commun des risques partagés par les assurés.

Étant donné qu’IFRS 17 n’a pas été établie avec Takaful à l’esprit, de nombreuses spécificités de ce modèle d’assurance ne collent pas à la norme. Le principal défi pour sa mise en œuvre portera sur les sujets suivants :

· La sélection des modèles de mesure (la nature de l’assurance Takaful étant si particulière, il est nécessaire de déterminer si elle est compatible avec le modèle VFA, ce qui n’est pas chose aisée),

· Le traitement des différents fonds dans le Takaful (dans le cadre de certaines juridictions, les sociétés Takaful sont tenues de fournir des informations séparées par fonds et il n’est pas certain qu’elles devront continuer à le faire pour IFRS 17),

· La réalisation des flux de trésorerie et de la CSM (les sociétés Takaful devront-elles calculer les flux de trésorerie et la CSM au niveau des fonds ?)

· Le traitement du partage des excédents (il n’est pas clair si le traitement du partage des excédents doit refléter les exigences légales en matière de réserves et de capital ou les exigences comptables).

 

Alors que l’application de l’IFRS 17 aux compagnies d’assurance traditionnelles représente un défi de taille, l’application la plus appropriée pour l’assurance Takaful reste très floue et fera très certainement l’objet de nombreuses discussions d’ici 2022.

Globalement, les compagnies d’assurance devraient garder un œil sur Takaful car, selon Ezzedine Ghlamallah, consultant et co-fondateur du SAAFI, “l’industrie du Takaful […] ne devrait plus être considérée comme un produit niche, mais comme une alternative qui a prouvé sa légitimité”.

 

Sources :