Les actuaires sont-ils une espèce en voie de disparition ou font-ils face à une profonde métamorphose de leur profession ?

Mark Farrell (Proactuary) et Alexandre Jacobs (Asquare Partners) vous partagent leur avis.

 

Vous souvenez-vous de Mark Farrell ? Nous vous avions déjà parlé de cet actuaire suite à son article sur « les enseignements que l’actuariat peut vous apporter». Pour rappel, Mark est actuaire qualifié, Phd, membre de l’Institut des Actuaire du Royaume-Uni (FIA) et est actuellement Directeur des programmes de science actuarielle à la Queen’s University de Belfast.

 Il vient de publier sur son blog “Proactuary” un article amenant la réflexion sur le futur de la profession d’actuaire. 

Suite à sa participation au débat intitulé « Les actuaires sont-ils une espèce en voie de disparition ou font-ils face à une métamorphose de la profession ? » organisé par Rick Huckstep de Digital Insurer , il nous partage les 13 points clés de ce  débat :

1. À l’aube de la 4ème révolution industrielle et de l’âge de la technologie et de l’automatisation, le changement est bel et bien là. De nombreuses professions telles que l’actuariat (riche de 300 ans d’expérience) sont en danger.

2. L’économie digitale a conduit à une explosion des données. Ces données proviennent de sources multiples et diverses impactant l’industrie de l’assurance. (Pensez à l’loT, les telematics, les « Wearables », etc).

3. Les datas scientists sont en train d’empiéter sur le travail des actuaires.

4. Aujourd’hui, de nombreux actuaires se forment et ajoutent le  le Machine Learning à leur boîte à outils actuariels. La profession prend petit à petit possession de cette nouvelle technique.

5. Dans cette ère où “la donnée est le nouvel or noir », les actuaires doivent utiliser leurs compétences afin d’innover de manière non traditionnelle.

6. Les actuaires comprennent aussi bien les logiques  financières (plus théoriques) que le comportement des assurés (plus marketing). Ils sont donc au cœur de l’activité de nombreuses compagnies d’assurance.

7. Dans les cinq prochaines années, il est probable que nous assistions à la fusion  des métiers d’actuaire et de data scientist dans le secteur financier.

8. Nous évoluons  vers des modèle de tarification plus dynamique et segmentant du fait de l’augmentation des données,  de la taille des data sets et de leur disponibilité.

9. De nouveaux risques requérant l’expertise des actuaires vont apparaitre. (ex : les risques liés à l’usage de drones ou de véhicules autonomes).

10. Il est possible que les modèles développés par les assureurs évoluent d’un soucis de conformité et de respect des normes, réglementations et appétence au risque à une approche plus agressive de croissance et de rentabilité de leurs activités (nouveaux business, nouveaux produits, fidélisation des clients, etc).

11. S’ils sont attentifs aux changements, et continuent à se former pour rester à la page, l’automatisation améliorera le travail des actuaires et ne les aménera pas vers leur chûte

12. Un code d’éthique professionnel fort permettra une régulation du système. Il est primordial de s’assurer que les données sont utilisées de manière éthique et responsable.

13. Être flexible, s’adapter aux changements et innover, telles seront les compétences clés des actuaires de demain.

 

Nous avons interrogé Alexandre Jacobs, co-fondateur et Managing Partner d’Asquare Partners, sur ce sujet. Sa vision de l’actuaire de demain rejoint celle de Mark Farrell mais diffère quelques peu. Pour lui, l’actuaire sera amené à se transformer mais pas à disparaître. Alexandre a pu constater que cette transformation est déjà actée au sein des universités, qui ont à cœur de faire évoluer leurs programmes en s’adaptant aux compétences exigées par les employeurs.

Il voit les profils d’actuaires évoluer sur 2 axes : un axe technologique, l’actuaire ayant une base statistique très solide et plutôt unique à sa fonction, il ne sera pas remplacé, mais devra combler ses compétences en programmation informatique, en comparaison aux data scientists, par exemple.

Le 2ème axe d’évolution est la compréhension business : dans ce contexte de taux bas, les revenus financiers diminuent et retrouver un équilibre technique est primordial pour générer du profit. L’actuaire doit donc avoir une sensibilité commerciale accrue, en ayant conscience des enjeux et leviers de rentabilité.

 

« L’actuaire DOIT évoluer, car l’actuaire d’aujourd’hui n’est pas nécessairement l’expert de demain. Comme le mentionne Mark Farrell, la formation continue est essentielle et déterminante pour faire évoluer sa carrière d’actuaire aujourd’hui », a-t-il conclu.

 

Source et image : Proactuary.com