Petit guide de survie pour les compagnies d’assurance concernant l’utilisation de l’IA

Petit guide de survie pour les compagnies d’assurance concernant l’utilisation de l’IA

Vous vous rappelez l’époque où votre téléphone portable ne servait qu’à appeler et envoyer des textos ? 25 ans plus tard, il remplace votre ordinateur, votre IPod et votre appareil photo. Vous payez votre sandwich avec votre appli bancaire, tandis que Siri vous conseille sur le meilleur café du quartier. Le business as usual n’est plus d’actualité : l’intelligence artificielle révolutionne notre manière de vivre et de travailler, les entreprises disruptives deviennent la nouvelle norme et le secteur des assurances ne fait pas exception à la règle.

Tandis que la plupart des citoyens européens se demandent encore comment cela peut se traduire dans leur quotidien, d’autres pays sont clairement en avance en ce qui concerne l’utilisation pratique de l’IA. Les compagnies d’assurance américaines et chinoises par exemple, nous donnent un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler le paysage assurantiel d’ici quelques années en Europe.

Au sein du géant chinois de l’assurance Ping An, le produit de couverture santé Xiang Hu Bao couvre 65 millions de clients, qui sont eux-mêmes gérés par seulement 50 employés. En plus de les indemniser en temps réel, la compagnie a également développé un logiciel d’analyse d’expressions faciales qui étudie les déclarations de sinistres fournies par vidéo, afin de détecter si les clients disent la vérité.

Aux États-Unis, la start-up Lapetus tente de personnaliser les polices d’assurance vie avec un simple selfie permettant à l’application d’estimer votre durée de vie et de vous offrir en conséquence un produit d’assurance vie personnalisé (ce qui devrait nous rappeler que les questions éthiques devraient être placées au cœur du débat). Quant à la start-up Lemonade, il faut 90 secondes pour souscrire à une police d’assurance personnalisée et seulement 3 secondes pour se faire rembourser en cas de sinistre.

“L’effectif associé à la gestion des sinistres sera réduit de 70 à 90 % d’ici 2030.”

 

VOYAGE AU BOUT DE LA DATA

Concrètement, qu’est-ce qui nous attend ? Pas de vague majeure de suppressions d’emplois en vue, bien que certaines professions soient amenées à disparaître, comme par exemple les gestionnaires de tâches administratives. Selon McKinsey, l’effectif associé à la gestion des sinistres sera réduit de 70 à 90 % d’ici 2030. Cependant, les compétences ne pouvant être automatisées ou digitalisées, comme l’intelligence émotionnelle, la collaboration ou encore l’inventivité, deviendront de plus en plus précieuses sur le marché du travail. L’IA ne doit pas être considérée comme une menace, mais comme un moyen d’optimiser notre travail en supprimant les tâches ennuyeuses et répétitives de notre vie- si le changement est fait à temps.

Dans le secteur de l’assurance, l’IA nous permettra de mieux évaluer les risques (notamment en ce qui concerne les risques à historique limité comme la cybersécurité), de mieux les anticiper par la prévention, notamment en matière de catastrophes automobiles, sanitaires et naturelles. Il sera également possible d’effectuer une souscription plus rapide, plus fine et plus intelligente avec un seuil réduit au-dessus duquel le risque est assurable.

Par exemple, l’IA est déjà utilisée par la start-up Cytora qui indexe les données de sites web, articles de presse et documents publics, les analyse grâce à des algorithmes de machine learning et définit ensuite de nouveaux risques qui ne sont pas encore assurés. Elle permettra également une tarification personnalisée et une gestion des sinistres plus rapide, un meilleur service client, une meilleure prévention des fraudes et une rentabilité renforcée.

Le marché est d’ores et déjà en pleine transformation, et les profils les plus recherchés sont les data engineers, les data scientists, ou encore les technologues. Les actuaires continueront d’occuper une place centrale pour les compagnies d’assurance ; toutefois, leurs compétences devront évoluer en conséquence. Les universités commencent notamment à proposer un double master en actuariat et en data science pour répondre à ce besoin.

LE CHANGEMENT, C’EST MAINTENANT

Ce virage vers la digitalisation ne devrait pas être uniquement mené par le département informatique, mais bien par les membres du comité de direction. D’une part, le Chief Data Officer (s’il existe) devrait pouvoir compter sur une équipe solide pour mener à bien les projets. D’autre part, les employés de chaque département devraient être pleinement conscients de l’importance des questions relatives aux données. Une organisation d’équipe Agile sera également la clé du succès pour de nombreux projets.

Bien que les technologies de data science soient actuellement utilisées dans une certaine mesure (principalement en ce qui concerne l’automatisation et la détection des fraudes), les entreprises devraient adopter une stratégie globale et repenser leur modèle en fonction des changements prévus au niveau macro afin de devenir des entreprises véritablement axées sur les données. Selon McKinsey, la stratégie adoptée par la direction doit inclure les quatre éléments clés de toute stratégie d’intelligence artificielle : capacités de données, modèles et outils, gestion du changement et organisation, et talents. Ce dernier élément est déterminant car il permettra d’embaucher les bons profils, facteur indispensable d’une transformation réussie.

“43 % des opérations menées dans le secteur de l’assurance pourraient être réalisées par l’IA.”

 

Les compagnies d’assurance devraient garder à l’esprit que personne n’est « too big to fail ». Le fait de négliger les technologies émergentes est le meilleur moyen de prendre de mauvaises décisions en termes de business : demandez à Kodak ou à Toys’R’Us comment vont les affaires. En fin de compte, selon une étude du McKinsey Global Institute, 43 % des opérations menées dans le secteur de l’assurance pourraient être réalisées par l’IA. Nous passerons d’un système de “détection et de réparation” à une approche de “prédiction et de prévention”, qui remodèlera tous les aspects de l’industrie.

Si le défi à court terme est de réduire les coûts, le défi à long terme sera clairement de faire en sorte que les clients aiment leur compagnie d’assurance, un aspect crucial pour le secteur afin d’éviter la disparition des acteurs traditionnels.

 

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Photo : Shutterstock

 

Written by Leonie Correard

Analyst at Asquare Partners

Brussels, 11/09/2019