Quand les changements climatiques assèchent (aussi) les assureurs

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Les épisodes de canicule et de sécheresse qu’a connu l’Europe nous rappelle une certaine urgence climatique. Tandis qu’en juin dernier, l’Institut des actuaires tenait son congrès annuel sur le thème « Assurance & Finance : vent debout face aux changements climatiques », Stéphane Pénet, directeur des assurances de biens et de responsabilité au sein de la Fédération française de l’assurance faisait le bilan des impacts pour les assureurs.

La sécheresse coûte chaque année de 700 à 900 millions d‘€ aux assureurs français, et ce chiffre est en augmentation constante chaque année depuis 10 ans. Les climatologues prévoient d’ailleurs que la sécheresse sera le risque avec la plus forte croissance sur les 30 prochaines années, mettant d’ailleurs en tête des risques qui accroitront le plus. Les inondations, également liées aux changements climatiques, restent le danger le plus important selon Stéphane Pénet. Les inondations représentent aujourd’hui 50% des indemnisations versées par les assureurs en termes d’aléas naturels. “Sur le plus long terme, le poids des dommages causés par les aléas naturels va pratiquement doubler ces 25 prochaines années, par rapport aux 25 dernières années” conclut-il.

Parallèlement, de plus en plus d’acteurs mettent en place des équipes spécialisées sur le climat. Munich Re, par exemple, dispose d’un « Head of Climate » qui gère une cellule composée de géologues et climatologues travaillant sur les prédictions et analyses des aléas naturels. Munich Re communiquait : « Puisque l’influence du changement climatique augmente avec le temps, l’industrie des assurances se doit de reconnaître, quantifier et inclure ces tendances, à temps, dans les modèles de détermination des primes. ». Dans la même logique, le groupe AXA quant à lui, a renommé AXA Global Parametrics en AXA Climate, mettant l’emphase sur le risque couvert plutôt que sur le moyen technologique. Dans une volonté, peut-être, de parler aux consommateurs plutôt qu’aux techniciens de l’assurance.

Les acteurs traditionnels sont plus frileux et suivent généralement les recommandations des réassureurs, des associations ou fédération des assurances. Wauthier Robyns, porte-parole d’Assuralia (l’équivalent de la FFA en Belgique), estime qu’à l’avenir “les entreprises avec le plus de moyens s’offriront les services d’analystes climatiques à l’intérieur de leurs bureaux, alors que les compagnies de plus petite taille se contenteront probablement de suivre les directives des grands réassureurs, comme c’est le cas aujourd’hui.”

Enfin, l’agence de notation Moody’s a également récemment annoncé sa décision de prendre en considération les risques liés aux critères ESG (Environnement Social Gouvernance) dans ses notations. De plus, l’exposition du portefeuille non-vie aux risques climatiques des assureurs est naturellement prise en considération.

Si les assureurs se mettent aux verts concernant leurs produits et les risques couverts, nous sommes en droit de nous demander si leur politique interne l’est tout autant ?

 

Source principale :

France Bleu | 29/07/19

Sources secondaires :

L’Echo | 27/07/2019

Argus de l’assurance | 22/07/2019